Une lecture : Des Amants de Daniel Arsand

Au 18ème siècle, en France. Sebastien, paysan modeste, rencontre et soigne un jeune noble, Baltazar de Créon après une chute à cheval. Naît alors entre les deux hommes un sentiment que ni le temps, ni la mort, ni le monde ne parviendront à affaiblir.

Pour cette première revue de lecture, nous parlerons d’un petit roman d’apparence sobre et mystérieuse, dont le titre aussi court qu’intrigant a su attirer mon attention ~

J’ai d’abord froncé les sourcils de surprise en découvrant, dès les premières lignes, une plume sèche et expéditive, avant de glisser peu à peu dans cet univers étranger. Oui, cela Amants-pochese passe pourtant en France et à une époque relativement connue, mais l’écriture de Daniel Arsand se focalise, analyse, liste et bouscule nos conceptions d’un décor ou d’une scène. Il peut en découler une impression de distance, de froideur même dans cette observation particulière, mais pour ma part, j’ai été séduite. Pictural, le roman s’organise en tableaux qui s’enchaînent, délivrent leurs messages à travers des impressions comme autant des esquisses denses et maîtrisées. Une mosaïque sensitive dont il ressort une énergie sauvage, rare et inattendue. C’est un livre qui bat, un livre qui pulse un flot d’images arrachées à l’instant même, limpides. Et c’est une poésie de l’essence des choses, des êtres et de l’amour sublime qui se dessine au travers une narration libérée et spontanée.

L’histoire n’égale pas le tragique théâtral retentissant d’un Roméo et Juliette, mais aller savoir, dans cette romance singulière réside une beauté en clair-obscur qui surpasse ces mythes connus des amants maudits. Ici, l’amour grandit, engendre des souvenirs, il souffre, s’enflamme, toujours reste libre, devient absolu, comme une évidence ; il va droit au cœur, simplement et intensément. Et ni la mort, ni l’adultère ne parviennent à défaire cette union inaltérable et criminelle pour une époque où les amours homosexuelles sont interdites. Je n’ai cependant pas ressenti une volonté de dénonciation. Les amants subissent, et pour autant rien ni personne ne semble avoir de réelle emprise sur eux. La fatalité les rapproche. Ils s’aiment et ne sont plus de ce monde.

Les personnages semblent assez neutres : leur principale caractéristique est de vivre, de pulser, de respirer chaque seconde au travers de cet amour inaliénable. Néanmoins nous ne pouvons les dire « vides » de personnalité : ils portent tout deux une empreinte psychologique universelle qui ne peut que rappeler au lecteur son propre caractère. Ce sont des personnages en miroir où nous observons nos propres tentations et nos attaches.

L’intrigue délivre une libre reprise des topoï des contes et une ambiance d’abord pastorale, avec ce cavalier blessé, avant de se délocaliser vers un certain enfermement, une emprise des corps et du monde. Le roman s’organise ainsi en deux temps : la tension grandissante de la menace jusqu’à son aboutissement funeste, puis l’acceptation, le deuil et la révélation. Ça prend au cœur, et ce dernier se serre, accélère, se soulève, s’embrase, s’émeut, tout au long de la lecture.

 Sébastien a eu plusieurs aventures.
Contre moi tout son corps, se dit Balthazar, il se love contre moi, il ne peut s’endormir que contre moi, il est celui qui revient toujours, mais l’odeur de l’autre est là, entre nous, et il s’en moque, je le sais, puisqu’il est avec moi, ce n’est pas une telle odeur qui saurait nous séparer, il me l’a affirmé, juré, il ne ment pas. Mais pour moi, une intolérable odeur. Nous sommes différents, lui et moi. Pourquoi le nier. A lui, l’infidélité, à moi, la jalousie, à nous, l’évidence de notre amour.

Je ne peux que conseiller ce court roman surprenant et maîtrisé, dont la beauté poétique, la pulsation des mots et la finesse du sentiment d’amour sublime en font un véritable bijou littéraire à la douce amertume.

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Et vous ? L’avez-vous lu ? Connaissez-vous d’autres livres de cet auteur ?

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