Le défi sablier : (re)prendre le temps d’écrire avec Samantha Bailly

La semaine dernière, j’ai participé au défi sablier proposé par l’auteur et scénariste Samantha Bailly. Je m’en va donc vous conter tout cela ~

Écriture et sablier ?

Tout d’abord, qu’est-ce que cette chose étrange que le défi sablier ?

Il s’agit, comme le définit l’auteur à son origine, d’une méthode douce pour se mettre ou pour reprendre l’écriture. Tout l’enjeu est de s’aménager du temps, tout au long d’une semaine, et de dédier ce temps uniquement à l’écriture. La durée journalière augmente doucement tout au fil des jours : on commence ainsi le lundi en écrivant 10 minutes, pour finir par une heure entière d’écriture le dimanche.

Cela ressemble donc assez, dans le principe, à l’usage qu’on peut faire de Write or Die, sauf qu’il n’y a pas ici d’obligation de résultat. Il s’agit avant tout de reprendre la main sur le temps ; oui, celui qu’on n’a jamais ou qu’on oublie de prendre. En cela l’utilisation du sablier est une idée très intéressante, car elle introduit un rapport physique et gestuel au temps, rituel même, pourrait-on dire, qui réalise cette idée d’aménagement d’un cadre et d’un espace spécifique à l’écriture. Malheureusement, je n’ai pas trouvé de sablier à temps pour le défi de ce mois de septembre, je n’aurai donc pas l’occasion de disserter sur l’impact qu’aura eu sur moi ce nouveau rapport au temps !

Mon expérience avec les Oiseaux :

J’ai décidé de rejoindre ce défi au mois de septembre, car il me semblait qu’il proposait un cadre sur lequel j’allais pouvoir m’appuyer pour reprendre l’écriture des Oiseaux, et plus précisément de la partie sur Léandre que je me suis promis de boucler d’ici janvier 2018 (le premier jet du moins). Reprendre, car depuis le NaNo, j’ai corrigé, mais peu écrit, et j’ai donc perdu la régularité avec laquelle j’avais commencé à renouer. J’aimerais donc reprendre un rythme quotidien d’une demi-heure d’écriture par jour, et ce défi était une belle façon de rendre cet accord avec moi-même concret et nécessaire.

  • Lundi : 10 min

    • Le premier jour du défi aurait pu être le plus difficile : d’une part, parce que j’ai eu une crève monstrueuse, d’autre par car reprendre un chapitre sans y avoir touché depuis huit mois, ça aurait pu bloquer. D’autant que j’avais laissé derrière mon dernier passage plusieurs incohérences et un beau bordel narratif. Cependant, ça a été étonnement facile. Il a fallu bien sûr faire comme si tous ces couacs avaient été résolus, et sans doute que tout ce que j’ai écrit ce lundi disparaîtra à la réécriture, mais ce n’est pas l’important. L’important c’est qu’il faut que je déroule cette scène qui, après une articulation transitoire osée, se présente maintenant à moi, dans ce bon vieux monastère où j’avais laissé mon pauvre Léo. Je me suis arrêtée volontairement au bout de dix minutes, et je n’ai pas cherché à aller plus loin, même si plusieurs idées avaient pris forme et que j’aurai pu continuer. D’expérience, je sais qu’il vaut parfois mieux s’arrêter au moment où un nouveau possible se présente que de l’épuiser et se retrouver à sec le lendemain. Toujours rester sur quelque chose de suspendu me permet une meilleure reprise et une meilleure imagination dans l’intervalle !
  • Mardi : 15 min

    • Ce deuxième jour fut un petit échec pour le défi, et c’était à prévoir : il s’agissait de mon premier jour de stage en institut médico-pédagogique, et ce fut une journée assez intense qui m’a fait me poser beaucoup de questions. De plus, j’avais toujours une crève virulente, je suis rentrée tard et donc mon cerveau n’était plus très frais. Je préfère écrire le matin, de façon générale, pour éviter justement la « pollution » et la fatigue de la journée.
  • Mercredi : 20 min

    • J’ai pas mal écrit aujourd’hui, environ 45 minutes je pense. À la fois sur une chronique de lecture pour ce blog et sur mon roman. Cependant je ne suis pas très satisfaite de ce que j’ai fait. J’ai eu la sensation d’avoir l’esprit ailleurs, de n’être pas vraiment dans ce que j’écrivais, de faire ça de loin. J’ai l’impression que ça vient de ce chapitre 5 qui ne se boucle pas bien, que je n’arrive pas à finir. Tout l’enjeu demain ça sera d’y réfléchir et de négocier le début du chapitre 6.
  • Jeudi : 25 min

    • Je n’ai pas écrit, mais j’ai passé deux longues heures sur ma chronologie. Je n’avais pas la place pour réfléchir intensément à l’intégrité de mon chapitre 5, donc j’ai délocalisé mon investissement sur cette tâche ingrate mais très automatique. Pas qu’il me faille la créer tout à coup, c’était surtout la réagencer et la corriger par rapport à certaines révélations survenues pendant l’écriture.
  • Vendredi : 30 min
    • Défi relevé, j’ai pu commencer la rédaction du chapitre 6 !
  • Samedi : 45 min
    • Cette session d’écriture était un peu particulière, car elle a eu lieu en groupe, à l’occasion de l’atelier d’écriture proposé par Samantha Bailly. Si je n’ai pas écrit beaucoup de mots durant ces 45 minutes, elle fut pourtant extrêmement riche en termes de réflexions. J’ai pu remettre à plat les enjeux et la temporalité de mes six premiers chapitres, et c’était très certainement ce qui me manquait pour revenir de plein pied dans mon roman.
  • Dimanche : 1h
    • Je n’ai pas écrit dimanche, et je dirai même que, dans ma tête, j’avais arrêté le défi samedi. À ma décharge, j’avais pas mal de choses prévues pour ce dimanche, dont une expo à l’Institut du Monde Arabe, et ça m’a mangé toute la journée.

Ce n’est donc pas si facile de s’épargner du temps tous les jours, surtout dans une période de mise en place et de mise en rythme du reste de l’année. Cependant, ce fut une semaine riche et motivante, j’ai pu revenir vers mon roman et vers le personnage de Léandre qui faisait son timide depuis quelques mois, et je suis parvenue à régler certains points qui me posaient question et me bloquaient.

Sans titre

Un atelier d’écriture :

Pour clôturer cette semaine de défi, Samantha Bailly organisait pour la deuxième fois un atelier d’écriture parisien. Ayant eu un bon retour de cette initiative via l’article d’Elodie Agnesotti, je me suis dit que ça serait l’occasion de me mettre un bon coup de pied dans le séant que d’y participer (en invitant une amie à s’en donner un aussi !)

Et je ne le regrette absolument pas, c’était un très bon moment ~

D’une durée de 3h, l’atelier s’organisait en différents moments. Les présentations, puis les 45 minutes d’écriture du défi sablier, bien sûr. Ensuite, Samantha nous a offert un petit exposé sur la structure en narratologie et sur sa version d’un schéma regroupant les différents points de basculement d’une intrigue. S’il y avait quelque chose d’assez formatant dans cette approche, et de très scénaristique dans le « comment raconter très efficacement une histoire » (les auteurs de narratologie cités étaient en effet tous américains et, pour deux d’entre eux, sont scénaristes avant d’être romanciers), l’exercice fut ensuite de prendre le problème à l’envers, en cherchant, chacun pour son histoire, à quel évènement pouvait correspondre tels ou tels points du schéma de référence.

Capture
Retrouvez l’explication de ce schéma sur la chaîne youtube de Samantha Bailly.
** On peut remarquer que, si la fin est nettement inscrite comme un évènement identifiable, le début n'est pas notifié ainsi. Ce qui donne l'impression que, peut-être, c'est facile, ou que cela va de soi, mais je pense qu'il y a un parti pris énorme au moment que l'on choisit pour être notre début, et qu'il nécessite autant d'interrogations et d'attention que la fin. Ça me paraît difficile de penser une œuvre avec cette borne manquante.

 

Procéder dans ce sens-là, et non pas dans l’autre qui serait chercher à construire une histoire en suivant scrupuleusement et factuellement ce schéma, pousse à se poser beaucoup de questions, notamment sur les attentes du lecteur. Pour moi, en tout cas, qui ne suis pas encore entrée dans ces considérations (celles de la place et du plaisir du lecteur dans mon roman), c’était l’occasion de se poser cette question simple : sur quoi restera le lecteur ? Comment lui faire voir, tout au long de mes trois parties, l’intérêt de ce roman ? Qu’allait délivrer mon choix de structure, différent de ce schéma scénaristique, et jouant sur la démultiplication des histoires et de la façon de les raconter ? Qu’est-ce qu’un lecteur attendrait de cela ? L’expérience de Samantha et le temps qu’elle a pris pour tous ceux et celles qui le désirait, avec bienveillance et intelligence, était en cela vraiment très précieuse !

Je continue cependant de croire que l’intrigue n’est pas le seul élément narratologique à prendre en compte dans ce qui structure et met en sens un récit, et en schématiser les fonctions me semble simpliste au-delà d’un certain seuil. Ce seuil, c’est celui du « oui, et alors ? ». Je pense que s’il est légitime et sans doute, à un moment, rassurant d’avoir ces conceptions en tête, il serait assez pauvre de ne pas prendre en compte les enjeux diégétiques et métaleptiques de l’œuvre, ainsi que ceux de sa transtextualité. Il ne faut donc pas trop en attendre, à mon sens, de l’écriture scénaristique : elle n’est pas le seul support narratif et structurel d’un film, elle ne saurait l’être pour un roman ! Il ne faut donc pas la penser seule, et ne pas attendre d’elle ce qu’elle ne peut offrir.

L’autre point très agréable de cet atelier, ce sont les rencontres et les discutions qui s’y déroulent. En effet, mettre plein d’écrivains en pleine émulation dans la même pièce, ça dégage beaucoup d’échanges très intéressants, de partages d’expériences et de points de vue, mais aussi d’énergie !

C’est à coup sûr quelque chose que je referai, et très certainement le mois prochain ~

 

Tentés par le défi sablier ? Avez-vous déjà participé à un tel défi ou à un atelier d’écriture ?  Comment gérez-vous l’écriture au quotidien ?

 

Crédit image à la une : Sand and silence de paikan07.deviantart.com
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4 commentaires sur “Le défi sablier : (re)prendre le temps d’écrire avec Samantha Bailly

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  1. Super article ! Ca me fait particulièrement plaisir de le lire étant donné que j’y ai participé aussi, et que c’est toujours sympa de savoir ce que d’autres en ont pensé. (Le mien, d’article, est en préparation !) Je te rejoins entièrement sur la question du début du roman, parce qu’elle ne coule pas de source. Si j’osais, je dirais même que beaucoup d’auteurs font l’erreur de penser qu’elle coule de source, et se retrouvent avec des débuts pauvres, voire carrément cliché.

    J’ai trouvé ça très intéressant de penser ces structures de narratologie à partir de notre roman, comme tu dis cela permet de faire naître des questions assez riches et productives. Par contre, en effet, c’est tout de suite beaucoup moins riche quand on les utilise pour construire son roman. On se retrouve vite avec des histoires formatées. Je ne sais pas si tu connais Scribay ? J’ai eu l’occasion de tester leur offre Premium, et ils proposent justement un « parcours » qui s’inspire de ces étapes de narratologie (c’est même encore plus schématique chez eux). Et je trouve que c’est un peu triste de suivre à la lettre de tels formats.

    De mon côté, je me suis déjà acheté deux sabliers, mais ne les ai pas encore utilisés dans le cadre du défi. Ca a quand même l’avantage d’être très décoratif, comme objet. Si tu en cherches, il y en a souvent dans les magasins comme Maisons du Monde, Habitat… ou sur Internet.

    Aimé par 1 personne

    1. Merci ! J’attends ton article avec curiosité, hâte d’avoir ton point de vue ! Je suis bien d’accord avec toi sur cette question du début et des risques qui existent à ne pas s’en soucier. C’est intéressant aussi cette impression de rétrécissement que ça donne quand on ne l’appréhende pas comme un véritable nœud narratologique. Comme si tout était ouvert jusqu’à un certain point. Comme si on pouvait entrer par toutes les portes pour arriver au même endroit. Ça ne fonctionne pas pour moi. Je ne suis pas arrivée à ce roman qui est le mien « par hasard ». Et je sais que toi non plus, que c’est ton début qui a engendré tout ton roman. Il y a une grande détermination derrière ce « choix » qui s’impose. Enfin, je crois ! C’est donc un petit oubli qui fait jaser ~

      J’étais sur scribay, et je crois que depuis que j’ai vu leur offre prémium, j’ai définitivement lâché l’affaire. Comme toi, j’ai trouvé leur « parcours » complètement formaté et vide de sens, là où celui de Samantha m’a semblé plus sensible et plus ouvert aux variations. Moins doctrinaire, parce qu’il n’y avait pas cette prétention de construire un roman en suivant cette recette, sans doute. Mais aussi parce que les intitulés n’étaient pas obtus (c’est presque rien mais ça compte !).

      Ahah, oui, les sabliers ! Il faut que je cherche, l’idée me plait, et c’est beau ~ J’avais tenté Nature et découverte, et après j’avais plus le temps pour commander via internet. Mais je vais aller voir chez maison du monde !

      Aimé par 1 personne

      1. Complètement ! Je crois que mon roman n’aurait pas pu avoir un autre début. Je crois comprendre que c’est la même chose pour toi. En fait pour moi, c’est la seule manière de procéder car je n’ai encore jamais fait différemment : le début du roman doit faire l’objet d’une vraie réflexion. Puis c’est tellement important ! C’est à la fois l’acte de naissance du roman, et le moment qui accrochera (ou pas) le lecteur. Pourquoi le négliger ?

        Quand j’ai découvert l’offre Premium, j’ai trouvé que certains outils étaient plutôt efficaces et j’étais très enthousiaste. Et je me dis que peut-être, certains ont besoin de cadres bien délimités pour avancer. Mais clairement, après avoir regardé plus en détails le parcours, j’ai halluciné. Je vais bientôt faire une vidéo sur Scribay Premium, je la posterai sur mon blog.

        C’est vrai que Samantha n’est pas du tout doctrinaire et ça apporte un vrai plus à ses ateliers. Elle donne des clés, après, libre à chacun de les interpréter comme il le souhaite pour ses projets.

        Aimé par 1 personne

      2. Oh, un format vidéo ? Sympa ! Je suis curieuse d’avoir ton avis là dessus. Perso je n’avais regardé que leur vidéo de présentation et ça m’avait fait grincer des dents.

        Tout à fait ! Puis Samantha a aussi cette vision d’ensemble, à la fois des différentes façon de travailler un roman que l’ensemble du parcours éditorial. C’est vraiment intéressant de se « confronter » à cela. J’espère qu’elle a pu te donner des conseils ou t’offrir des remarques intéressantes pour ta façon de structurer ton récit et ton écriture chapitre par chapitre 😉

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