Portrait d’Oiseaux #1 : Léandre

Pour inaugurer cette petite série d’articles visant à présenter les personnages centraux des Oiseaux, j’ai choisi de mettre Léandre à l’honneur. Un choix qui n’en est finalement pas tout à fait un, car à plusieurs égards, il est celui par lequel je suis entrée dans l’écriture de ce roman ~

Aux origines de la marinière :

C’est en avril 2008 que j’ai rencontré Léandre, et son frère Andrea, alors que j’étais sur le ferry en direction de l’Angleterre. Et pendant les dix jours qu’a duré mon voyage, je n’ai plus vécu qu’avec eux, coupée de mes autres personnages et projets par une sorte d’isolement insulaire.

Découvrir Léandre a été pour moi une confrontation singulière de part sa grande étrangeté. Parce que c’était un personnage qui ne me ressemblait pas du tout, contrairement à ceux que j’écrivais d’ordinaire (tous colériques, huhu ~). C’était en effet un personnage bien plus âgé et posé que moi, et qui apportait avec lui une problématique nouvelle dans mon écriture : celle de la sexualité, et plus particulièrement de l’homosexualité. J’avais quinze ans à l’époque, et je me demandais bien ce que j’allais pouvoir faire de ce personnage doux voire docile, d’un tempérament trop discret et conciliant (aux antipodes de ce que j’attendais d’un héros romanesque à ce moment-là !), et dont l’orientation sexuelle me questionnait beaucoup. Je n’avais jamais, jusqu’alors, été face à cette réalité, et c’est Léandre qui m’a fait prendre conscience que cette autre sexualité existait et que les amours homosexuelles n’étaient ni anormales, ni moins valables que les autres. Ce fut d’ailleurs une étape très importante pour moi, car j’ai découvert qu’au contraire, ces amours-là me parlaient bien plus que les autres.

Si j’ai rencontré Léandre très tôt dans ma vie, ce n’est cependant qu’en juin 2015 que nous nous (re)trouvons vraiment. Il y a toujours eu des éléments flottants mollement autour de Léandre : je savais qu’il était architecte, qu’il était très introverti, je savais combien il aimait son frère et je pressentais qu’il avait dû se marier très jeune avec une femme pour qui il n’éprouverait pas de désir. Mais je n’étais peut-être pas encore prête à mettre tout cela en lien. Il a donc fallu du temps, et un moment de redécouverte de son identité, de sa place et de ses relations au sein de sa famille et de son couple, pour qu’une image stable de son passé et de sa situation actuelle se dessine dans tout son intérêt.

Et c’est aussi à partir de ce moment-là que j’ai pu penser la structure des Oiseaux, et en envisager la rédaction.

INSPIRATION VISUELLE - LEANDRE
Tableau d’inspiration visuelle réalisé pour Léandre (1)

L’héritier et le frère :

Léandre fait partie des personnages qui traversent les deux Tableaux des Oiseaux. Dans le Premier Tableau, son point de vue donne le premier éclairage sur Caleb et sur le drame qui a eu lieu. Et dans le Second, ses décisions politiques deviennent centrales.

L’histoire de Léandre est celle du fils cadet du duc de Primaël. Lorsque Caleb (son père), est assassiné par Andrea, l’ordre de succession est bien évidemment revu à la suite du procès pour parricide qui exclue ce dernier de toute possibilité d’héritage et de transmission. Léandre se trouve alors dans une situation très délicate. D’une part sa loyauté est tiraillée entre la mémoire et le deuil de son père et la souffrance de son frère aîné, dont il sent qu’il a usurpé la place malgré lui. D’autre part, il n’a jamais été préparé à la responsabilité politique qui lui tombe sur les épaules en même temps que la couronne ducale lui échoit.

Dans quelle profondeur du mensonge errent ses pensées ? Il doute de son identité. C’est bien beau comme nom, Léandre Terman de Maël, mais quelle définition cela donne ? Terman, c’est le clan, c’est la rage du sang, c’est les dents que l’on serre quand on aime, le fer que l’on croise quand on hait, le linceul dont on s’enterre. De Maël, c’est le vieux prince, le roi dragon et ses dents d’argent, la patte posée sur le monde qui le craint. Le dragon qu’on nourrit de chaque enfant qui naît, de chaque vieillard qui meurt.
Léandre ce n’est que ça. Cette petite chose qui fume en cachette par la fenêtre d’un monastère. Léandre, c’est le lion et l’homme. Il voudrait bien tuer le lion, ou peut-être tuer l’homme. La vie serait plus simple s’il n’était pas ce combat permanent entre le devoir et le désir. La puissance et la faiblesse.

Au début de Premier Tableau, il se considère donc comme n’étant pas à la hauteur de son père, et pas à la hauteur de son frère non plus. Il se sent incapable d’assumer les fonctions qui lui reviennent. Son homosexualité, dans une société aux mœurs très XIXèmiste, n’arrange bien évidemment rien à cela, d’autant plus qu’il est marié à son amie d’enfance, Enora, d’après un engagement prévu par leurs parents respectifs, et qu’on attend de ce couple ducal qu’il donne un héritier à leur nom et à leur titre. Ce qui place Léandre face à des sentiments de honte et de culpabilité.

Toute la question pour lui va être de faire la paix avec son histoire familiale et avec lui-même. Il est question, à travers le deuil de son père, sa propre paternité et sa relation fraternelle complexe avec Andrea, de réparation. Réparation de sa propre identité, mais aussi de sa filiation et de sa lignée.

Léo, l’écriture et moi :

Lorsque j’ai arrêté la structure du Premier Tableau en octobre 2015, j’ai très vite redouté la partie qui serait celle de Léandre. Je ne savais pas du tout à quoi m’attendre en écrivant avec lui, de son point de vue. Ce n’est certes pas une narration à la première personne – ça je ne l’ai jamais envisagé comme possible avec Léo – mais c’est comme si le narrateur se tenait constamment derrière lui, tout en ayant un accès direct à son intériorité. Et j’avais peur de ne rien avoir à dire, ou d’avoir vite fait le tour. Pas que Léandre soit quelqu’un de creux, simplement quelqu’un de silencieux et de secret. Et surtout de très discret, même pour moi. Il est d’ailleurs amusant de noter le faux départ que nous avons fait ensemble sur le premier chapitre : j’avais rédigé quelque chose comme deux pages quand je me suis dit que c’était trop délicat, que j’avais peur de trop dire trop directement, et que j’ai décidé que j’écrirai la partie d’Andrea avant celle de Léandre. C’était un mouvement complètement romanesque, en soit, qu’Andrea, le frère aîné, vienne tenter de piquer le tour de son cadet, mais surtout que le cadet en question appelle son frère à la rescousse quand le grand vilain auteur décide qu’il est temps de se pencher sur son cas !

Sans titre(2)
Chibi de Léandre réalisé par J. Croset

Les rivalités et amours fraternelles mises de côté, j’ai repris depuis le début l’écriture avec Léandre avec cette idée qu’entre nous la confiance serait la clef. La confiance et une position de décentration de moi-même. Il fallait en effet que je fasse grand silence en moi pour ne plus écouter que la voix fuyante de Léandre. Que je sois parfaitement immobile dans mon âme pour percevoir les mouvements si subtils de la sienne. C’est pour ça, entre autres, que je ne pouvais pas écrire avec lui à la première personne. Léandre ne se révèle que par une observation patiente et attentive. C’est aussi un personnage qui a une superbe tendance à dissimuler ce qui l’embête ou se qui l’angoisse. Une superbe tendance à calfeutrer sous les tapis les placards qui renferment des squelettes, en somme. Ce qui, dans l’écriture, donne lieu à de longues digressions sur les débuts de l’électricité, ou sur ce vase là-bas au fond (tu le vois ? Il est quand même beau, pas vrai !) pour éviter le véritable sujet critique ; ou bien à des révélations brutales, au dernier moment, au détour d’une phrase, et qui viennent tout remettre en cause. C’est clairement mon champion toute catégorie du « ah oui au fait, je t’avais pas dit mais… » ~

Aujourd’hui, je n’ai plus aucune sorte d’inquiétude sur la matière qu’apporte sa partie à l’intrigue du Premier Tableau. C’est dense, et c’était la façon la plus naturelle et la plus logique d’appréhender les enjeux des Oiseaux que de commencer par demander à Léandre d’en donner la version la plus « saine », ou du moins la plus souple et transformable.

 

J’ai, pour le moment, écrit cinq des dix chapitres qui composent la partie de Léo (et des poussières), et je compte sur le NaNo qui arrive à grands pas pour tenter de boucler le premier jet de mes cinq chapitres restant avant janvier 2018 ! J’espère que ce type d’article « portrait » aura été plaisant à lire. C’était en tout cas assez difficile de doser les informations pour vous parler de ce personnage, sans trop ou trop peu en dire, mais je crois m’en être pas si mal sortie ~

 

Crédit image à la une : inconnu
Crédits images (1) : Ann Fullerton ; Maja Wrońska ; Yal ;
 NOAA ; HonestlyYUM et inconnus
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2 commentaires sur “Portrait d’Oiseaux #1 : Léandre

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  1. Très beau tableau d’inspiration ! (je suis décidément assez fan de ces représentations très visuelles, elles disent beaucoup d’un personnage) C’est un article très plaisant à lire, on a l’impression de faire la connaissance de quelqu’un qui est très important pour toi, tout en intimité. C’est toujours intéressant de voir quelle peut être la genèse d’un personnage de roman. J’espère que le Nano te permettra d’avancer autant que tu le souhaites !

    Aimé par 1 personne

    1. Ça me plait qu’il puisse apparaître comme une personne importante et pas seulement comme un personnage « statique », ça correspond bien à la façon dont il existe pour moi.
      J’espère aussi que le NaNo me permettra de conclure le premier jet de sa partie, mais j’avoue que ça va être tendax xD

      Aimé par 1 personne

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