Roman et divan #1 : Structures psychiques et personnages narrateurs

Souvent, ce qui pousse un écrivain à s’intéresser au vaste champ de la psychologie, ce sont ses personnages. Car ce n’est pas rien que de créer un personnage. C’est ni plus ni moins que de créer une personne fictive. On peut alors se demander : est-ce que mon personnage est crédible ? Est-ce que sa pensée et sa personnalité tiennent la route ? Est-ce que ses choix sont psychologiquement logiques, est-ce que le lecteur va pouvoir les comprendre ? Est-ce que je me plante complètement, est-ce que je n’oublie pas quelque chose d’évident ? Qu’on se rassure, la majorité du temps, votre intuition fait son job, car nous sommes tous des psychologues naïfs, en ce sens que nous cherchons tous, naturellement, à comprendre et anticiper les comportements de nos semblables. Et de fait, nous avons tous une expérience de la façon dont nous fonctionnons et dont fonctionnent nos proches. Donc à moins d’écrire sur une pathologie mentale que vous n’avez pas sans faire la moindre recherche, ou de partir dans de la Mary-Sue à plein régime, un lecteur lambda cherchera à adhérer à votre personnage, cherchera à comprendre sa psychologie, parfois même à la lui imputer, car c’est instinctivement ce que nous faisons.

Le but, ici, ne sera donc pas de vous apprendre comment créer un personnage en 5 étapes grâce à la psychologie, ou plus particulièrement grâce à la psychanalyse, ça n’aurait pas le moindre sens et vous n’en avez sans doute pas besoin. L’idée c’est de vous fournir quelques outils et réflexions pour envisager votre intuition sous un nouvel angle et lui accorder un nouveau regard. Pour cela, on va parler un peu des structures psychiques.

Structure, organisation : de quoi on parle ?

J’ai choisi de reprendre le terme de structure, car il est plus répandu, mais j’emprunterai également celui d’organisation (organisation témoigne d’une certaine dynamique, là où la structure revêt un caractère figé) et certains auteurs parleront davantage de pôle ou de bulles. Mais dans tous les cas, de quoi parle-t-on quand on dit structure psychique ?

Au cours de sa vie et de ses expériences, chaque être humain va organiser sa structure psychique. Cette structure va pouvoir être décrite et identifier par les différents éléments qui la rendent reconnaissable : les angoisses principales, les mécanismes de défenses contre ces angoisses, la façon dont le sujet entre en relation avec l’autre, où se situe le conflit qui l’anime, etc. L’interaction de ses différents éléments ne pointe pas à proprement parler une personnalité, mais un type de fonctionnement psychique. Il en existerait trois (mais cela dépend des auteurs) : la structure névrotique, la structure psychotique, et la structure état-limite.

Freud utilisait la métaphore du cristal pour définir la structure : « Si nous jetons un cristal par terre, il se brise, mais pas n’importe comment, il se casse suivant ses directions de clivage en des morceaux dont la délimitation, bien qu’invisible, était cependant déterminée à l’avance par la structure du cristal. » C’est-à-dire que le fonctionnement psychique se cristallise et revêt une certaine forme. Cependant, cette forme ne signe pas une pathologie, et une structure n’est pas un symptôme. On peut être tout à fait adapté et « sain d’esprit » en ayant une structure psychotique. Mais en cas de chute, le cristal se brisera selon les lignes qui le détermine : en cas de décompensation, le sujet qui présente une structure psychotique « tombera » dans une pathologie psychotique (paranoïa, schizophrénie…). Celui qui était névrotique tombera dans une pathologie névrotique (hystérie, trouble obsessionnel compulsif, phobie…), et idem pour les états-limites (addiction, recours à l’acte, pathologies narcissiques…).

C’est ce qu’on appelle le continuum entre normal et pathologique. Le normal se définissant pour Bergeret comme le fait d’être adapté à soi-même et aux autres, et être capable de résister face aux difficultés internes et externes de la vie sans déstructuration (sans décompenser). C’est l’adéquation et la souplesse des mécanismes de défense qui fait que la structure tient. La pathologie, c’est au contraire la rupture d’équilibre qui fait qu’on chute du normal au pathologique, à cause d’un événement particulier, d’un stress ou d’une angoisse intense…

Un tableau pour les gouverner tous :

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Parfois, une vue d’ensemble vaut plus qu’un long discours, mais j’ai dans l’idée qu’un peu de détail ne vous ferait pas de mal ~

La structure névrotique :

Commençons pas l’organisation névrotique, et prenons l’un de mes personnages pour exemple. Pif paf pouf, Léandre sera notre bon névrosé de service !

L’instance dominante d’une personne ayant une organisation névrotique est le Surmoi, soit l’instance héritée des parents. C’est une instance interdictrice, garante de la morale et des lois telle qu’elle a nous ont été inculquées dans notre éducation, mais aussi une instance protectrice, en tant qu’héritière de l’intériorisation des figures parentales. Comme le conflit principal de notre bon Léo se trouve entre son Ça et son Surmoi, on comprend que ce qui le tiraille c’est la contradiction constante entre ses désirs et l’interdit surmoïque qui les frappent. Ce qui en fait un candidat tout choisi pour vivre avec un tenace sentiment de culpabilité, de peur de mal faire, de peur de décevoir, et de crainte du jugement social auquel il se soumet.

3dd4b96e14467b264f473a215c0b2e00L’angoisse de castration est en rapport directe avec ce conflit, mais ce n’est pas aussi simple que « Léo a peur qu’on lui coupe la saucisse Herta ». Il s’agit de tout ce qui ampute la croyance de toute-puissance : c’est la loi, ce sont les interdits. L’angoisse de castration c’est donc une angoisse narcissique d’être « amputé » et une angoisse de châtiment. On voit avec cette configuration l’enracinement de l’organisation névrotique dans le complexe d’œdipe : il y a un désir qui serait incestueux qui doit être interdit, celui pour l’un des parents, et il y a la menace de représailles de l’autre devenu rival. Cette situation infantile imprime sa marque sur le fonctionnement de l’adulte, et ce qui pouvait être une réelle menace et angoisse de castration dans l’enfance colore tout un tas de situations sociales. En cela, l’angoisse de castration marque également l’assujettissement du Moi au principe de réalité, en prenant en compte la dimension sociale à travers ses exigences, ses lois et ses limites. C’est ce qui fait qu’on passe d’un Moi idéal (un moi sûr de sa toute-puissance qui peut rouler à 250km/h sur une départementale en s’en battant les gonades) à un Idéal du moi (un objectif socialement valorisé et valorisant).

Le mécanisme de défense préféré de Léandre, c’est le refoulement, et il fait ça très bien. C’est-à-dire que quand une représentation le dérange trop, hoplà, il la fout gentiment sous le tapis de l’inconscient, et comme ça il est tranquille. Jusqu’à ce qu’elle revienne, oui. C’est ce qu’on appelle le retour du refoulé. La plupart du temps, ce retour est rendu difficile du fait de la censure, mais il y a des passeurs pour toutes les mers. Le déplacement, par exemple, et un bon moyen de passer la censure incognito. Il s’agit de déplacer l’affect (ou la libido) attaché à une représentation trop investie et gênante sur une autre représentation plutôt banale, mais qui garde souvent un lien détourné avec la première. Imaginons que Léandre rêve qu’il fracasse sauvagement le crâne de Michel Sardou. Jusque là, ça passe, drôle de rêve mais après tout pourquoi pas. Seulement, il ne faut pas oublier que la veille son frère portait un t-shirt à l’effigie de ce chanteur. Donc ce n’est pas seulement parce qu’il n’en pouvait plus des Lacs du Connemara que Léandre a rêvé de tant de violence, mais aussi parce que la charge affective investie sur son frère s’était transférée sur cet élément banal et qu’il était moins coûteux de rêver de tuer Sardou que de rêver directement de tuer son frère, même si ce dernier est effectivement insupportable.

Pour ce qui est de la relation d’objet objectale, il faut déjà dire que pour la psychanalyse, le sujet à affaire à des objets, car même s’il sait intellectuellement que les autres sont tout aussi sujet que lui, il ne perçoit que sa propre subjectivité et les autres sont pour lui des objets au sens psychanalytique : c’est à dire des non-lui. Et concevoir l’autre comme un non-soi, qui a ses propres désirs et qui n’est pas collé à soi, c’est plutôt bien. Et c’est ça, la relation objectale.

En gros : le principal enjeu d’une personne ayant une structure névrotique sera d’exister favorablement dans le regard de l’autre, d’être valider dans ce regard.

Vous prendriez bien un petit cliché ?  Hermione Granger, particulièrement dans le premier tome d’Harry Potter, est un très beau cliché.

La structure psychotique :

La structure psychotique est dominée par le Ça, c’est-à-dire dominé par le principe de plaisir qui entre en opposition vis-à-vis du principe de réalité. C’est d’ailleurs là que se trouve le conflit principal de cette structure. Illustrons cela avec Armaël : Armaël ignore le principe de réalité. Il ne prend pas systématiquement en compte les exigences du monde réel et de la société dans laquelle il évolue, il ignore cette entrave dans la réalisation de sa recherche de satisfaction qui passe pour lui par l’inhibition, mais qui peut aussi prendre une forme maniaque.

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Le mécanisme de défense qui permet de tenir le principe de réalité à l’écart, c’est le déni, qui est le déni d’une perception extérieure, le déni d’une partie de cette réalité. Il s’accompagne généralement d’autres mécanismes de défense tel que le clivage du moi. Le Moi va se couper en deux parties qui vont pouvoir vivre de façon indépendante, l’une en restant adaptée à la réalité, l’autre en déniant cette réalité. Ou encore la projection, qui consiste à se débarrasser de ce qui ne nous arrange pas chez nous, ce qu’on ne veut ni être ni connaître en soi, sur l’autre : ce n’est pas moi qui ne t’aime pas, c’est toi qui me détestes. Ces défenses sont dites archaïques car elles interviennent en relation avec des processus primaires, non secondarisés.

Le Moi du sujet doit d’ailleurs sa fragilité à la menace de cet archaïque et des angoisses qui vont avec. L’angoisse de morcellement ou de mort met en avant l’angoisse de ne pas être et l’angoisse de néantisation. Il n’est pas évident que le corps tienne, que le Moi tienne, et il n’est pas évident d’être contenant et de contenir la vie pulsionnelle qui menace d’éclater l’intégrité du Moi, ni de se protéger de l’intrusion et de l’aliénation de l’autre. Chez Armaël, cette fragilité du sentiment d’existence est particulièrement à vif, et il peut tour à tour chercher l’expérience de la sensation ou au contraire tout faire pour s’en protéger, comme si sentir trop fort pouvait briser son corps.

La relation d’objet est dite fusionnelle dans le sens où la différence moi/non-moi ne va pas toujours être évidente. On dit souvent que le sujet psychotique se fait objet de l’autre, en ce sens qu’il va vivre par et sous le désir de l’autre. Dans la paranoïa, cette place du désir de l’autre est rendue particulièrement évidente par le délire de persécution : « tout le monde en a après moi, tout le monde m’en veut« . Mais on peut aussi la retrouver dans des délires de type religieux et christique : « je suis en mission pour Dieu, Il me parle à travers la télévision. » Là, ce sont clairement des exemples qui appartiennent au registre de la pathologie, mais ça vous donne une idée de la forme que cela peut prendre si on exagère le trait.

En gros :  le principal problème d’une personne ayant une structure psychotique sera de savoir ce que c’est que d’exister et ce que c’est que d’être soi.

Vous prendriez bien un petit cliché ?  Le capitaine Jack Sparrow illustre assez bien le côté maniaque d’une structure psychotique.

La structure limite :

Ce qui caractérise avant tout la structure limite dans la diversité de ses expressions, c’est l’angoisse de perte et d’abandon. Cette perte, c’est celle de l’objet, et elle peut amener le sujet à des états dépressifs ou des conduites addictives où le produit devient le substitut de l’objet. Cette angoisse peut typiquement provenir des difficultés qu’il y a eu pour la personne à établir de bonnes relations dans sa petite enfance. Si l’environnement, pour des raisons multiples, n’a pas permis une bonne alternance entre présence et absence, le Moi va se constituer dans la dépendance ou le rejet à l’objet, ou en équilibre sur son vide. Ce sont là les enjeux de la relation d’objet anaclitique où le Moi cherche à s’appuyer sur l’objet.

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La structure limite s’organise principalement autour de l’Idéal du Moi auquel le Surmoi cède du terrain. L’Idéal du Moi est cette instance qui doit succéder au Moi Idéal, mais chez les personnes ayant une structure limite, on parle d’un Idéal du Moi à cheval sur le Moi Idéal. Il y a donc souvent une problématique narcissique en arrière-fond soit du côté d’un narcissisme blindé, soit du côté d’un narcissisme au fond du sceau. C’est en cela que le Ça et la vie pulsionnelle, mais aussi le principe de réalité, peuvent être une menace pour cet Idéal du Moi auquel le Moi fragile cherche à s’identifier.

On peut entendre dire que les organisations limites fonctionnent en tout ou rien. C’est assez vrai, et cela s’explique et s’observe par le clivage qui n’est plus un clivage du Moi, mais un clivage de l’objet. Le sujet limite a du mal à traiter l’ambivalence, qui fait qu’on peut ressentir à la fois de l’amour et de la haine pour quelqu’un ou quelque chose. Le tout ou rien amène ces personnes à idéaliser l’objet, ou à l’exécrer au dernier degré. On retrouve également le déni et la projection parmi les principaux mécanismes de défense.

Si on doit chercher un exemple d’organisation limite dans les Oiseaux, on tombera assez rapidement sur Andrea. Il utilise des mécanismes de défenses qu’on retrouve dans les organisations psychotiques, mais pour répondre à des angoisses qui sont plutôt d’ordre névrotique, ou en tout cas pseudo-oedipiennes. C’est d’ailleurs là, vous l’aurez sans doute remarqué, une partie du principe de limite des état-limites : un structure entre la névrose et la psychose. De plus, Andrea teste constamment la présence et la réactivité de son frère et du lien qui les unis, car ce lien lui donne un appuie dont il espère la stabilité, alors que ses assises narcissiques sont complètement en bordel.

En gros : le principal problème pour une personne ayant une structure état-limite c’est de ne pas perdre l’objet et surtout de ne pas perdre la relation à l’objet sans laquelle il y aurait un risque de ne plus être.

Vous prendriez bien un petit cliché ?  À peu près tous les personnages de bad-boys disponible sur le marché.

Structure, auteur et personnages narrateurs :

Vous pouvez bien évidemment essayer de répartir vos personnages entre ces trois structures, et cela pourrait vous aider à mettre des mots plus précis ou des liens plus saillants entre les différents aspects de leurs fonctionnements. Mais il peut être tout aussi intéressant d’essayer de discerner – avec le temps, la compréhension et l’observation nécessaire – où vous, auteur, vous vous sentez situé.

Sur Scribay, j’ai eu l’occasion d’échanger avec une autre romancière autour autour de la question des personnages narrateur et de la structure de l’auteur. Depuis je me demande si, en effet, la structure de l’auteur n’influence pas la façon dont il aborde ses différents personnages, qu’ils soient de la même structure que lui ou non. Qu’on soit clair, je pense qu’on peut tous écrire n’importe quel personnage que l’on crée, même s’il n’est pas du même sexe, du même pays, du même âge ou, soyons fous, de la même structure psychique que nous. Pour la même raison qu’il n’est pas nécessaire de tuer quelqu’un pour décrire un meurtre : avec de l’imagination, quelques recherches et de l’empathie, on s’en sort. Mais je crois que la différence de structure, ou que la proximité structurelle entre le personnage et l’auteur, vont avoir des conséquences sur nos choix narratifs.

À titre d’exemple, je vais me tourner vers moi-même. Je n’ai jamais vraiment réfléchi en amont à mes choix de narration et plus particulièrement de narrateurs : ça s’est toujours fait très naturellement. Mais je me rend compte qu’à chaque fois que mon narrateur utilisait le « je », c’était que le personnage derrière ce « je » avait une organisation limite. Sans doute parce qu’il s’agit de la structure qui me caractérise. Alors que je n’ai jamais imaginer écrire à la première personne avec Léandre par exemple. Et au fond, c’est assez naturel que je ne puisse pas imaginer spontanément d’écrire un personnage névrotique à la première personne : ça ruerait dans les brancards parce que je n’aurais sans doute pas ses limites, et je risquerais de mettre en lumière ce qui chez lui devrait être inconscient et bien refoulé. Ce qui en ferait une horrible narration à la première personne, complètement cacophonique, mais qui permet un très bon narrateur omniscient !

Si c’est sans doute un exercice réalisable, je pense qu’écrire sur le long terme avec comme narrateur interne un personnage d’une autre structure que la sienne demande un travail de souplesse et d’analyse très particulier, qui demande une solide préparation pour être crédible et ressenti comme tel.

 

Et vous, qu’en pensez-vous ? Faites-vous un constat similaire en vous penchant sur vos choix de narrateur ?

Et n’hésitez pas si une concept vous paraît obscur ou que vous avez des questions !

 

Crédits images : Modigliani.
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18 commentaires sur “Roman et divan #1 : Structures psychiques et personnages narrateurs

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  1. Yo !
    J’ai déjà eu droit à ce topo, mais c’était utile de le relire.
    À certains moments, quand même, tu utilises des expressions un peu techniques, je ne sais pas si tout le monde peut comprendre.
    Il est probable que je revienne relire et poser quelques questions, d’ailleurs. x)
    (La mention des bad boys m’a tué, je m’y attendais pas xD)

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  2. Ok, me voilà pour une lecture active cette fois 😛

    Déjà, juste comme ça : la comparaison au cristal me parle, de manière assez évidente ! xD c’est vraiment une bonne métaphore.

    Structure névrotique :
    – quand tu parles des « parents », ça englobe bien tout ce qui est « environnement éducatif », tout ce qui va ériger les règles, et pas seulement les parents-parents, j’ai bien compris ?
    – le « Moi idéal », c’est la même instance que le « Moi » ?

    Structure psychotique :
    – qu’est-ce qu’on appelle maniaque ?
    – qu’est-ce que tu appelles processus primaires et secondarisés ? (me semble que tu nous en as déjà parlé…)
    – quand tu dis : « il n’est pas évident d’être contenant et de contenir la vie pulsionnelle qui menace d’éclater l’intégrité du Moi, ni de se protéger de l’intrusion et de l’aliénation de l’autre »
    pourquoi le Moi est menacé /qu’en est-il des deux autres ? et qu’est-ce que tu veux dire par aliénation ?

    Structure limite :
    – j’ai du mal à comprendre la différence entre les différents Moi ; comment ils se forment ? ou à quels moments ? comment on voit la différence dans, je sais pas, le comportement ou l’attitude ou… ?
    – quand tu parles de clivage de l’objet, ça veut dire que le sujet va par exemple « garder » que les aspects positifs/qualités et ignorer/dénier les aspects négatifs/défauts pour aimer, et inversement pour détester ? Ou c’est plus compliqué ?

    Structure, auteur et narrateur :
    – j’ai cru ne jamais retrouver cette conversation sur Scribay x’D Mais je l’ai eue. Du coup, ça m’a remis certaines choses en tête. À suivre, donc : trouver dans quelle structure ranger mes personnages ! 😀

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    1. Comment t’es assise au premier rang ! xD

      Quand je parle des parents, je parle en effet de l’environnement au sens des individus qui s’occupent de façon privilégiée de l’enfant, sur le plan éducatif et affectif.

      Pour le Moi idéal, non, ce n’est pas la même chose. Déjà il faut savoir que Freud n’a pas distingué Moi idéal et Idéal du moi, c’est Lacan et d’autres auteurs qui l’ont fait. En gros, il faut voir le Moi Idéal comme une formation antérieure à l’Idéal du moi, en tant que le Moi idéal découle du narcissisme infantile et donc de l’idéalisation d’un Moi tout puissant (mais ce n’est pas le Moi, car le Moi n’est pas tout puissant, le Moi il s’occupe de se défendre contre le grand méchant monde qui lui en fout plein la tronche), et avec l’apparition du Surmoi, ce Moi Idéal va en quelque sorte se calmer un grand coup et glisser vers l’Idéal du moi qui est un idéal soumis à l’interdit et sociabilisé. Le Moi idéal c’est : je suis le plus fort ; l’Idéal du moi c’est : je vais être un champion de boxe. Le Surmoi c’est : tu ne dois pas ; l’Idéal du moi c’est le : par contre tu devrais.

      Maniaque ça renvoie à la manie, donc c’est le fait d’être dans un état d’excitation euphorique, souvent avec déni de la réalité. Une personne en « crise » maniaque va se dire que dormir, manger, toussa, c’est bien beau mais elle n’en a pas besoin, elle va tellement bien, elle a tellement de projets, tout va tellement bien marcher…. Caleb est un grand maniaque.

      Les processus primaires c’est ce qui se passe dans l’inconscient, et c’est quand l’énergie psychique passe d’une représentation à l’autre de façon complètement déliée au rythme des déplacements et condensation et de façon très « premier degré » de la satisfaction. Les processus secondaires c’est ce qui se passe dans le pré-conscient/conscient, les représentations y sont liées, stable, la satisfaction peut être ajournée, il y a une différence entre le mot et la chose. « Je veux baiser », c’est pas secondarisé, mais « bonsoir, je vous paie un verre », ça l’est. Même si au fond, le désir est le même.

      Il n’y a qu’un seul moi, déjà, et le Moi est menacé parce que s’il ne sent pas qu’il peut contenir la pulsion, il y a risque d’éclatement. Comme une cocotte minute. Ça sera difficile du coup d’affronter des situations angoissantes, parce que le Moi ne sera pas forcément assez intègre pour gérer cette angoisse, donc il y a menace pour lui d’être débordé. L’aliénation ça va être le fait de se confondre, de se perdre dans l’autre (dans l’imaginaire d’abord, dirait Lacan).

      Du coup j’ai essayé de te re-répondre sur le Moi, le Moi Idéal et l’Idéal du Moi plus haut. Mais je le redit, il n’y a qu’un seul Moi. Et le Moi Idéal est plus une image que le narcissisme idéalise, alors que l’Idéal du moi est du côté du Surmoi.

      Pour le clivage de l’objet, c’est ça ! Mais attention, parce que le bon objet idéalisé peut aussi commettre une bourde et tomber du côté des mauvais objets. Le contraire sera plus rare en revanche.

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  3. Ouille, j’ai un peu de mal à m’accrocher à toutes ces notions qui me paraissent bien abstraites ! Je n’ai pas l’habitude du Surmoi, du ça etc. … et j’ai un peu mal au crâne aujourd’hui, donc je repasserai sans doute relire ça à tête reposée car ça m’a l’air intéressant comme analyse. J’apprécie surtout que tu aies mis des exemples concrets de « clichés », ça permet de rendre les choses plus claires. Si tu as d’autres exemples je suis preneuse !

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  4. C’est un article hyper intéressant même s’il est un peu complexe quand on ne connaît pas les notions élémentaires de psychanalyse. Je n’arrive pas trop à me situer dans ces trois structures, j’ai l’impression de ne me reconnaître dans aucune d’elle même si je me doute bien que je dois quand même rentrer dans une case.
    Par contre, je partage complètement ta réflexion sur les choix de narratologie. Je me souviens qu’un jour, quelqu’un m’a dit que tous mes personnages « se rejoignaient », même s’ils étaient complètement différents. Qu’il y avait toujours un moment dans mes textes où ils convergeaient, pas en terme d’idées ou d’opinions mais plutôt en terme de dynamique interne. Je pense que c’est mon plus gros défi, d’arriver à écrire des personnages qui ne partagent pas ma structure – même si je ne sais pas laquelle c’est haha.

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    1. Merci ~ J’ai bien noté qu’il allait falloir que je travaille un peu le côté vulgarisation ^^
      Je pense que c’est normal que ça ne soit pas donné de se situer, surtout quand on n’a pas forcément le « nez dedans ». L’idée de cet article c’est surtout d’avoir quelque part cette question en fond quand on travaille ses personnages. Elle fera ensuite son chemin toute seule.
      Puis j’ai trouvé que ça changeait un peu des conseils qu’on a l’habitude de lire au sujet des personnages 😉

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  5. Hey, C.Kean !

    Tu as une jolie plume distrayante, elle te ressemble bien ^^

    Je plussoie les copains, c’est un article vraiment très intéressant ! Il devrait me permettre de peaufiner amplement mes fiches personnages – moi qui aime les détails, je suis content de cette découverte 🙂

    Par ailleurs, je ne suis pas très à l’aise avec les notions de ça et surmoi (la philo remonte à loin ~), je pense également que l’article est plus difficilement accessible. Bien que, en conséquence de tes exemples et de ton humour, finalement ça passe et je comprends l’essentiel – enfin je crois xD

    A ce propos, j’ai cru me reconnaître dans l’aspect névrotique – du moins, par rapport à ce que j’ai pu être dans le passé : Le refoulement, c’est quelque chose qui me parle bien. Je crois l’avoir longtemps pratiqué – et d’expérienc e je peux témoigner du mal qu’il peut engendrer. Etant plus jeune, j’avais cette tendance à refouler mes émotions quelles qu’elles soient, du fait que j’étais extrêmement réservé et que j’avais peur aussi du jugement à leur encontre. Il s’agit probablement d’un problème d’introverti, quand on ne se connait pas encore très bien et que l’on manque d’appréhension à l’égard de notre introversion…

    Mais peut-être qu’il ne s’agit pas là de refoulement tel qu’on l’entend de point de vue de Freud ?

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    1. Merci Nicolas !

      Si tu veux une petite mise à jour côté ça/surmoi et caetera, j’ai mis plus haut dans les commentaires un petit lien vers une vidéo qui explique assez bien tout ça à travers l’exemple d’un film 😉

      En effet, ce que tu décris c’est un peu plus une compréhension tout venant de ce qu’est le refoulement, plus que le mécanisme de refoulement décrit par Freud. En psychanalyse, ce n’est pas l’émotion qui est refoulée, mais la représentation qui lui est associée. Bien évidemment, l’un des effets c’est que le côté affectif va être détourné ou déchargé autrement. Mais refouler c’est généralement bien de pouvoir le faire, tant que c’est souple et adapté !
      Comme je disais plus haut à Elodie, le but n’est pas tant de tenter de se catégoriser immédiatement que de laisser cette question travailler en tâche de fond 🙂

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  6. Bonjour

    Comme les autres j’ai trouvé cet article très interessant.
    Si je peux me permettre quelques questions:
    – a t’on une structure psychique unique et figée dans le temps une fois qu’elle s’est « orientée » dans une des trois composante?
    – peut on imaginer une personnalité « composite », à savoir une psyché composé de deux ou trois de ces composantes (ce qui rendrait la personnalité très complexe et très dure à maitriser au niveau narratif…)?

    Sur ces deux questions personnellement je ne crois pas trop à l’idée d’une personnalité « figée » ni aussi facilement stéréotypable… Donc je pencherai vers ce qui offre une complexité maximale à la personnalité.. (pour la réalité bien sur, dans le roman ce n’est pas pareil).

    Ce qui m’amène à ma dernière question:

    – beaucoup de grand personnages de romans sont des archétypes du message que l’auteur cherche à faire passer (surtout dans les classiques).Donc pas vraiment…réels si je peux dire. Du coup penses tu qu’on puisse tant que cela leur coller une psychologie calquée sur « la notre » sachant que nous ne sommes pas si « archétypaux » (hop, un petit néologisme pour la route) ?

    Merci

    ps: ça fait plaisir de lire le blog de quelqu’un qui ne fait pas qu’écrire mais y réfléchit avant aussi 😉

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    1. Bonjour Guigui !

      Tes questions sont les bienvenues, et je vais faire un strike en répondant aux deux premières d’une pierre deux coups : ça va dépendre des auteurs. Si on prend Lacan, on part sur une pensée très structuraliste où il y a une fois que l’orientation est faite à l’âge adulte, on reste cloîtrer dans une structure précise. D’autre auteurs imaginent plutôt ces structures en terme de polarités : on bénéficie tous de ces trois pôles, selon des affinités variables que ce soit en fonctions des situations ou des moments de la vie.
      A titre personnel, je penche davantage vers ce modèle de polarité qui est un modèle plus dynamique, et je penses que lorsqu’on a affaire à une structure trop unique et figée, on se trouve à la lisière du pathologique. Car dans le développement psychique d’un individu, il doit être possible de parcourir les différentes problématiques, les différents conflits et les différentes défenses des trois structures, même si un sujet se fixe davantage sur l’une ou l’autre d’entre elles pour des raisons propre à son histoire. Donc oui, il est tout à fait possible de se situer dans des nuances ou dans un chevauchement de ses différentes polarité. Je ne sais pas si cela rendrait la personnalité plus complexe, mais plus souple oui, sans doute, car avec une certaine richesse au niveau des défenses et des capacités d’adaptation. On aurait une personne, ou plutôt en l’occurrence un personnage avec plus de ressources.

      Je suis plutôt une lectrice 19èmiste en matière de classiques, aussi je dirais que oui, on peut, car les auteurs de ce siècle et du début XXème ont cherché à retranscrire quelque chose de la réalité psychique humaine, par l’observation et l’intuition, mais aussi sans doute en explorant leur propre psyché (c’est bien pratique puisque nous en avons tous une). Après, j’ai tendance à penser que les « grands personnages de la littérature » sont souvent de grands névrotiques si on les analyse avec notre œil moderne et le prisme de la psychanalyse. Justement peut-être dans l’optique de passer un message, car la névrose est au prise avec la loi, la norme sociale, la culpabilité et le châtiment. Et surtout, elle questionne le rapport conflictuel entre désir et interdit, sujet éminemment romanesque !
      Après, l’archétype n’est pas forcément l’effacement du réel. Toute production artistique qui, toute orientée ou toute abstraite qu’il soit, sort tout droit de la tête de son auteur. A partir de là, il a bien sûr des déplacements, des condensations, des simplifications qui sont faites pour faire œuvre et donner un sens que la vie n’offre pas. Pour autant quand nous lisons ou écoutons ou regardons ces œuvres, ce qui émeut, touche et nourrie c’est que nous y reconnaissons malgré tout une vérité. Peut-être pas dans un personnage en particulier, mais dans l’ensemble de la composition ou du récit.
      Je dérive un peu sur cette idée que j’aime bien : les écrivains disent toujours qu’ils ont mis un peu d’eux dans chacun de leurs personnages, et en un sens il n’y a rien de plus vrai. Le roman pourrait être le résultat et la résolution d’un clivage que portent et représentent les personnages entre les différentes « parties » ou instances du psychisme de l’écrivain qui, en les mettant en scène toutes ensembles, en les mettant en tension et en conflit, transpose la complexité et la pluralité de sa scène psychique sur la scène du roman. Et c’est tout ensemble qu’on touche au réel et à la complexité humaine.

      J’espère t’avoir répondu, et merci beaucoup de ta visite sur mon blog !

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      1. Merci pour cette réponse très complète.

        Je suis tombé sur ton blog par hasard et c’est une bonne surprise. Je pense que je vais le parcourir un peu plus et je te re solliciterai surement si ça t’embête pas 😉
        Bonne journée

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  7. Excellent article. Je me dis qu’il aurait bien sa place sur HdR à l’occasion si tu souhaites le partager là-bas. Si j’ai bien tout suivi, Rachel et Yunna auraient plutôt une structure névrotique ce qui est doublement surprenant : non seulement parce qu’elles sont extrêmement différentes, mais aussi parce que personnellement, j’aurais tendance à me décrire entre la structure psychotique et l’état-limite (qui tend plus vers la psychose).
    Dans Amazones, j’ai l’impression que les femmes ont souvent davantage un schéma névrotique (voir carrément état-limite pour Amy) alors que les hommes tendent plus à la structure psychotique (excepté Spiridon). Si je reprends Un Cri dans les Ténèbres, le pattern ne se retrouve pas. Mais je me demande tout de même s’il y a un biais genré qui pourrait faire tendre à une des trois structures.
    J’ai l’impression que certaines problématiques propres à la névrose pourraient quand même correspondre. Est-ce que la structure psychique peut évoluer au cours de la vie d’un individu ? Dans ce cas, ce serait plus un tableau descriptif que prédictif.

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    1. Hey !
      Oui, à l’occasion, je le partagerai peut-être sur HdR aussi.
      Ce n’est pas si étonnant que deux personnes d’une même structure soient complètement différentes sur le reste de leur personnalité. La structure définit un mode de fonctionnement et d’organisation de la vie psychique, la personnalité, je pense, c’est plus vaste et nébuleux que cela. Mais il existe aussi des « sous-catégories » à ces trois structures. Quelqu’un de névrotique pourra l’être selon des modalités plutôt hystérique, obsessionnelle ou phobique par exemple. Ce qui donne des tableaux très différents. Je n’ai pas détaillé ici parce que c’était déjà dense et plein de jargon, mais si je fiche pour HdR je déballerai ces nuances-là.
      Pour te répondre, je ne pense pas que le genre soit quelque chose qui va orienter dans l’une ou l’autre des structures (après il n’y a pas de statistique, pas d’étude, vu qu’il ne s’agit pas de diagnostics formels, donc c’est mon avis, mes références théoriques et mes observations). Comme là on parle de comment chacun gère son inconscient et ce qui en ressort, on est très en deçà des enjeux sociaux, c’est en deçà du genre, c’est du domaine de la bisexualité psychique. Après c’est du cas par cas d’histoire personnelle (naître garçon ou fille dans telle ou telle histoire familiale n’aura pas les mêmes impacts dans les premières relations etc…), et sans doute des questions de représentations et de visibilités.
      Certains auteurs comme Lacan vont te dire qu’une structure c’est pour la vie un fois passée l’adolescence. D’autres vont considérer que ce sont plus des sortes de polarités plus souples et adaptables et que la fixation c’est déjà la potentialité de la pathologie. J’ai tendance à être plus d’accord avec ces auteurs-là : on vit et on expérimente différentes angoisses, différents mécanismes de défense etc. Certaines problématiques nous retiennent plus que d’autres, on s’organise avec, mais on peut s’adapter et au cours de la vie ces problématiques peuvent évoluer.

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