Il y a eu des heures pleurs.

Ce qui suit est un extrait tout autant qu’une première expérimentation de ce que sera la narration de la troisième partie du Premier Tableau du Chœur des Oiseaux. Expérimentation, car il s’agit pour moi d’approcher d’une forme et d’un langage propres au personnage d’Armaël et à sa psychose.

En vous souhaitant une étrange mais agréable lecture !

 

 

Il y a eu des heures pleurs. Ce sont les murs et les pierres dans les murs : elles meurent. Depuis si longtemps, on ne les entend plus qu’à cette heure-ci, quand le jour devient la nuit, mais pas tout à fait, quand il reste un doute, un doute, quand je doute que je suis. Je suis. Sur le lit. Depuis si longtemps.
Les secondes ont duré des éternités sans que je ne bouge sans que
____Des éternités de mouvement.
Depuis combien de temps ? Cette main au bout de ce bras, depuis combien de temps s’étire-t-il, tend-il, déploie-t-il ses doigts ? Des ailes. Il voulait saisir quelque chose plus tôt, n’a jamais réussi, échec échoué. Où est mon reflet ?
J’ai cherché et le plafond est gris et la lumière rampe au plafond et je pèse plus lourd que du plomb. Plus lourd et le temps tombe dans ma gravité, le temps devient mou comme du plomb que l’on fond. Au fond du lit je suis.
____Vais-je mourir ici ?
J’ai cherché et le plafond est gris et fait comme de la lumière qui vient du jardin, qui vient d’une lampe dans le jardin. Après le jardin je crois qu’il n’y a plus rien. C’est ici le centre. C’est ici que les murs se referment et deviennent un ventre. Je suis avalé, où est mon reflet ?
J’ai voulu crier pour faire entrer de l’air sous mes yeux. Mais la main s’ouvrait encore dans le vide, et mon regard ne pouvait pas décoller des ongles bleuis, des ongles comme des pétales et des mains comme des fleurs de statues. Voilà que je devenais un prince autour du lac, un autre, un autre. Jamais un autre que moi, l’autre. ____Qui ?
____Mon reflet.
Je l’ai cherché à un moment où la maison a respiré. Elle a senti qu’en dedans je mourrai, elle a ouvert ses pores et d’un grand coup, elle a respiré. Et d’un grand coup, je me suis redressé et j’ai crié d’une voix qui était celle d’un mort. Mon père était là, enfermé dans les pierres des murs. Il voulait que j’écoute, encore et encore et demain, pour toujours que j’écoute ses douleurs noires de deuil.
____Il m’a tué.
J’ai attendu que la mort passe sur moi comme le temps, qu’elle fasse ce qu’elle fait tout le temps : qu’elle se nourrisse et qu’elle se lasse. Je suis assis les jambes droites, le dos droit mais les cheveux penchent. La tête est lourde de bruit. J’ai le vertige. Je ne suis plus là, comme au dessus, je regarde la lumière du jardin sur le plafond. Je regarde les minutes en face, dans leurs yeux.
____Elles ne mentent plus.

 

 

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10 commentaires sur “Il y a eu des heures pleurs.

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  1. J’adore ! On a vraiment l’impression d’être dans la tête de quelqu’un avec les pensées qui fusent de tous les côtés. J’ai beaucoup aimé la phrase laissé en suspens, sans point ni rien, pour symboliser le passage d’une pensée à l’autre… Très réussi, et même pas si étrange que ça pour moi… 😉

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    1. Je pense que l’ajustement avec la question de la ponctuation se fera au cours des prochains essais, ou au cours de la rédaction elle-même. Mais je crois qu’il y aura des transitions, des moments plus construits que d’autres, et des moments de déstructuration plus ou moins totale. Parce qu’il faudra prendre en compte la longueur également, et dix chapitres sans ponctuation ça peut piquer 😀

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  2. C’est très intéressant comme texte, bel exercice !
    Je trouve ça à la fois beau et déroutant, j’avoue que personnellement j’aurais du mal à lire un texte de ce type qui soit plus long que ça, je n’arriverais pas à me concentrer suffisamment pour suivre le fil. Mais ce n’est que mon ressenti, et puis c’est une introduction très intéressante pour un personnage 🙂

    Bonne continuation

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    1. Merci Astrid ! En effet c’est le risque, de perdre ou décourager le lecteur si le texte devient trop morcelé ou déroutant. Il va s’agir de trouver le bon équilibre en prenant en compte le contexte de la narration. Ça va être un sacré challenge et une sacrée expérience d’écriture ! 😀

      Aimé par 1 personne

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